La Callas et ses pensées (suite)



Publié le mardi 18 juillet 2006


Mardi 18 juillet 2006

I've got one hand in my pocket and the other one is hailing a taxi cab

Déjà le 10ème anniversaire. 

J'étais bénévole pour un festival de foklore à Chicoutimi.  Le soir, c'était les party de bénévoles.  Dans la nuit de jeudi à vendredi, j'ai été porter une amie bénévole dans le quartier du bassin et en descendant la côte près de l'église du Sacré-Coeur, une goutte d'eau s'est écrasée dans mon pare-brise.

''Ahh... il va pleuvoir'' que j'avais pensé.

Ce ne fut pas la dernière.  24 heures après, l'endroit où j'étais en train de rouler était complètement disparu ainsi que le quartier qui venait avec.  À ma gauche, il y avait la future célèbre petite maison blanche qui allait tenir le coup.  Mais je ne la voyais pas; il y avait plein de maisons autour.  Qui allaient toutes partir avec le torrent qui s'en venait. 

Le vendredi, ce n'était que de la pluie, pluie, pluie.  Des spectacles folkloriques sont tenus à l'intérieur.  Samedi matin, en arrivant au Vieux-Port, on nous dit que ça va être carrément annulé.  Le niveau de l'eau sur le Saguenay est extrêmement haut, plus haute même qu'au printemps; on voit des patios entiers flotter sur la rivière, encore avec le mobilier de jardin dessus. L'eau est brune, comme trop brassée par les courants.  Des arbres, des toits de maison passent.  On n'ose y croire.  Et cette nouvelle, toute triste: deux enfants sont morts dans le glissement de terrain qui a emporté leur maison.  Et toute cette pluie qui tombe sans arrêt.... Je passe le reste de la journée à regarder les émissions spéciales.  C'est totalement irréel.

Dimanche après-midi, c'est vraiment la catastrophe. J'appelle la Croix-Rouge parce que je veux aider et que je me sens impuissante.  K.  me suivra, parce que Z. est à l'extérieur de la province; elle a eu une bourse pour un programme d'été de langue anglaise.  Pendant plus de 3 semaines, je travaillerai sans relâche, sans compter les heures pour aider les sinistrés.  Inscription des sinistrés, raccompagnement des sinistrés dans leur logis suite à l'inondation, constitution des dossiers, remplir des bons d'alimentations pour permettre à des gens de se nourrir parce qu'ils ont tout perdus, constitution de paniers de nourriture... je faisais des 12 heures sans jamais les voir et c'est ma mère qui venait me chercher de force le soir.  Et le pire, c'est que j'étais surprise de la voir; ''déjà??''.  Les rumeurs que des montagnes se font gruger par en-dessous, l'effondrement de ponts, d'évacuation de quartiers entiers, de morts... toutes fausses, mais certaines vraies.  L'eau partout, les gens juchés sur les côtes les plus hautes pour voir le triste spectacle, les routes impraticables, le paysage qui ne sera plus jamais le même...

Quand j'ai arrêté, c'était parce que je partais en vacances chez mon père et ensuite, j'avais le cégep qui recommençait.  J'ai tombé malade quand je me suis arrêtée pour me reposer.  J'ai tout fait ça avec un certain recul et durant le genre de téléthon pour le déluge, j'ai totalement craqué, sur la toune d'Alanis Morissette ''Hand in my pocket''.  Un flot de larmes, un flot de souvenirs.  Le fermier avec les triplettes qui n'avait plus rien que ce qu'il avait sur le dos; on pouvait sentir que ça faisait quelques temps qu'il n'avait pas pris de douche.  Les gens du HLM évacués, les habitants de l'Anse-St-Jean dévasté...

Je peux dire que ça donne une grande claque, une grande leçon de vie.  Comme j'habitais en haut d'une grande côte, je n'ai même pas été touchée.  J'ai été interviewé pour des reportages à la télé, j'ai serré la main du premier ministre, j'ai rencontré plein de monde, de nouveaux amis, des liens se sont resserrés. Plusieurs années après, je me suis rendue compte que j'apparaissais dans une cassette vendue à grande échelle, comme vidéo souvenir du drame. 

Mais quand même... quand ça fait plus de 2 jours qu'il pleut... j'ai très peur.